Comment devenir obèses en moins d’une génération
Ile Nauru, 1945. Petit atoll de 21 km2 planté au milieu de l’océan Pacifique, au large de l’Australie, qui aurait inspiré Daniel Defoe pour Robinson Crusoé. Peuplé de Mélanésiens paisibles, qui vivent du produit de leur pêche et d’un peu d’agriculture. Tout le monde est mince, presque trop même : un quart de la population est morte de faim pendant les trois ans d’occupation japonaise.
Ile Nauru, 1975. Changement complet de décor. Entre-temps, les voisins australiens ont découvert que l’île n’était en fait qu’un gigantesque tas de phosphates qu’ils se sont mis à exploiter intensivement pour en extraire les engrais indispensables à leur agriculture. Les habitants sont ainsi devenus en moins d’une génération les rois du pétrole du Pacifique. Ils ont arrêté de travailler et remplacé le régime sushi par de bons hamburgers, garnis de frites et arrosés de bière et de soda. Ils sont TOUS devenus obèses et 60 % d’entre eux, proportion unique au monde, sont en plus diabétiques. L’OMS, fascinée par cette évolution, a fait de Nauru un laboratoire d’étude sur le diabète.
Ile Nauru, 2006. Après l’épuisement des gisements de phosphates, les habitants sont partis s’installer en Australie. Leur république, proclamée au début des années 1960, n’est plus qu’une boîte postale, qui permet de blanchir les milliards de dollars de la mafia russe et qui est en passe d’être mise au ban des nations. Le diabète a fortement reflué, essentiellement parce que la forme développée était si grave que la maladie se déclarait chez des sujets encore très jeunes et constituait un sérieux frein à leur reproduction, des troubles sexuels pouvant en résulter. La nouvelle génération descend ainsi pour l’essentiel des 40 % de mutants des années 1950 ayant échappé à la maladie.

