L’obésité, un fléau originel
L’histoire de l’île Nauru est celle de l’humanité en concentré et en accéléré. Si l’homme préhistorique était plutôt bien nourri et peu carencé, la sédentarisation et l’apparition de l’agriculture pendant le néolithique ont apporté la disette récurrente, entrecoupée de périodes de pléthore. Les sujets aptes au stockage de l’énergie en période faste et à son économie en période de vaches maigres ont mieux résisté aux moments difficiles.
Ce phénomène s’expliquerait par une dérive génétique dite «d’épargne ». Dans les conditions d’approvisionnement alimentaire fluctuantes et généralement insuffisantes qui ont prévalu au cours de l’essentiel de l’histoire de l’humanité, les individus qui, génétiquement, avaient une capacité d’épargne plus développée étaient les mieux à même de survivre car une plus grande proportion des calories qu’ils ingéraient lors des rares périodes d’abondance était transformée en graisses. Grâce à quoi ils surmontaient mieux le retour de la pénurie.
Alors qu’à l’origine de l’humanité seule une proportion infime d’individus avaient la chance d’être porteurs de ces gènes, on estime qu’aujourd’hui, après des millénaires de sélection naturelle, c’est la moitié de la population mondiale qui est concernée.
Ces mêmes individus qui ont reçu en héritage ces gènes stockeurs de graisses autrefois protecteurs sont confrontés aujourd’hui à la surabondance permanente, deviennent obèses et développent un diabète. Ce qui a apporté un avantage et permis à l’humanité de survivre est aujourd’hui un sérieux handicap au maintien de sa santé.
Pourquoi les habitants des îles Nauru ont-ils sélectionné les gènes stockeurs de graisses de façon aussi efficace ? Sans doute parce que leurs ancêtres sont arrivés sur ces îles après de longs voyages en canoë auxquels résistaient surtout ceux qui avaient le plus de graisses au départ ! Il faut ajouter que l’occupation japonaise avait opéré pendant la Seconde Guerre mondiale une sélection naturelle particulièrement efficace, en éliminant le quart de la population le moins apte à constituer des réserves.

