Affections de longue durée : les raisons d’une dérive sans fin

18 novembre 2006 - Mathias Matallah

La primauté de la logique médicale sur la logique économique explique l’essentiel des dérives actuelles du régime des affections de longue durée. Beaucoup d’ALD figurant dans la liste actuelle ne justifient plus une prise en charge à 100 % d’un point de vue strictement économique. C’est le cas de la majorité des hypertensions artérielles, qui peuvent être traitées efficacement avec des médicaments anciens et peu coûteux. C’est également le cas des infarctus au-delà de la première année et de nombreux cancers en rémission. Cette liste n’est pas exhaustive et il est vraisemblable que, compte tenu des progrès de la médecine et de la tombée dans le domaine public de nombreux médicaments, une part significative des autres ALD soient dans la même situation.

La logique médicale dominante pose un problème d’autant plus aigu qu’elle repose sur des fondements éthiques extrêmement contestables. Le cas du diabète est symptomatique. Le diabète 1, maladie de l’enfance, est une fatalité dont la prise en charge par la collectivité ne souffre aucune discussion. Le diabète 2, maladie de l’âge mûr, est en revanche le fruit d’une absence de prévention primaire de la part de personnes pourtant très souvent alertées par leur hérédité, dont la prise en charge intégrale pose un problème d’éthique d’autant plus grave qu’elle démultiplie le hasard moral cher aux économistes de la santé. En pure logique, l’intervention de la collectivité devrait se porter sur la prévention primaire et, en cas de non-observation de celle-ci, la prise en charge devrait être partagée. Quand on sait que les diabètes 2 représentent environ 90 % des cas, on mesure l’importance des conséquences financières des choix effectués, qui conduisent à prendre en charge de façon indistincte l’essentiel des diabètes dans la sphère de responsabilité collective.