Affections de longue durée : un piège infernal pour la Sécurité sociale

9 décembre 2006 - Mathias Matallah

Ce qui était à l’origine une avancée sociale incontestable (la prise en charge à 100 % des affections de longue durée) est devenu au fil du temps un piège infernal pour l’assurance maladie. Le dispositif de prise en charge est désormais à maturité et la forte croissance du nombre de bénéficiaires s’explique autant par la dégradation de l’état de santé général due au vieillissement que par une utilisation optimisée, résultant d’une meilleure connaissance de la prise en charge des ALD tant par les malades eux-mêmes que par les acteurs à leur contact : médecins, mutuelles, caisses de retraite…

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. 12 % des Français sont aujourd’hui en ALD, soit un sur huit ! Le pourcentage augmente tous les ans, et d’ici à 2020 c’est un Français sur six qui sera concerné. Ces 12 % consomment 40 % des soins de médecine de ville et expliquent plus de 60 % de l’inflation des dépenses. À l’hôpital, les chiffres ne sont pas connus compte tenu de la globalisation des budgets, mais ils sont sans doute encore bien plus élevés en raison de l’extrême concentration de ces budgets sur une médecine hautement technique, focalisée sur le traitement des maladies cardio-vasculaires et des cancers.

Pour des raisons encore inconnues étant donné la faiblesse des statistiques existantes, à pathologies identiques, les personnes reconnues en ALD consomment beaucoup plus que celles qui ne le sont pas. Elles sont sans doute mieux informées et mieux suivies, ce qui n’est pas critiquable en soi. Elles constituent vraisemblablement aussi une formidable vache à lait, parfaitement identifiée, pour les professions de santé et les laboratoires pharmaceutiques, qui concentrent tous leurs efforts sur cette cible très solvable et en forte croissance.