Faut-il s’assurer ?
Pour justifier la mise en place de la CMU complémentaire, Martine Aubry avait dit qu’il n’était plus possible de se soigner correctement en France sans couverture complémentaire. Dans un numéro spécial paru il y a un an, « 60 millions de consommateurs » soutenait exactement la thèse contraire, en laissant entendre en substance que si on avait de bonnes dents et 10 sur 10 aux deux yeux, on pouvait parfaitement se passer de mutuelle. Qui dit la vérité ?
Le point de vue de Martine Aubry se défend. Il n’y a pas que les dents et les lunettes qui coûtent cher. L’hôpital laisse à votre charge après remboursement de la Sécu 15 € par jour, auxquels il faut ajouter, pour les opérations bénignes, un ticket modérateur également à votre charge de 20%. A cela s’ajoutent les dépassements d’honoraires (c’est-à-dire le montant qu’ils vous facturent en plus du tarif de la Sécu) de plus en plus fréquents des chirurgiens (50% des opérations sont pratiquées dans des cliniques privées). Autant dire qu’une appendicite ou un accident de scooter peut vite coûter des centaines d’euros. Si vous n’êtes pas atteint d’une maladie grave, la Sécu laisse également à votre charge entre 35% et 65% du prix de vos médicaments. Tout cela finit par faire beaucoup et il est plus prudent de s’assurer pour y faire face.
Le point de vue de « 60 millions de consommateurs » est plus contestable. Il s’appuie sur le fait que les maladies graves (affections de longue durée ou ALD comme les cancers, le diabète, etc.) sont encore prises en charge à 100% par la Sécu et que les grands malades n’auraient donc pas besoin de mutuelles. Ce qui est doublement faux. D’une part parce que la Sécu ne prend pas à 100% tous les frais de ces grands malades. Et d’autre part parce que l’on peut avoir de grosses dépenses sans nécessairement être à l’article de la mort.
L’utilité d’une couverture santé complémentaire n’est donc pas en cause. Le vrai débat est ailleurs. Il est dans la possibilité, ou non, de s’assurer en fonction de ses besoins réels et de payer le juste prix de son risque.

