Affections de longue durée : pourquoi les jeunes ne paieront pas

6 janvier 2007 - Mathias Matallah

La dépense de santé est extrêmement concentrée et 5 % des malades consomment 51 % des prestations. A l’autre bout, 15 % des assurés ne consomment jamais rien. Que vont faire ces 15 %, des jeunes en majorité, si on les éjecte du système d’assurance maladie ? Certainement pas s’assurer à titre privé ou, dans le meilleur des cas, a minima. Chacun connaît à peu près bien ses besoins en santé, qui sont liés à des facteurs comme l’hérédité et le mode de vie. Ceux dont les facteurs de risque sont très faibles vont donc avoir naturellement tendance à consacrer le minimum de ressources à ce poste dès qu’ils pourront choisir. Ils le feront d’autant plus naturellement que les grosses dépenses continueront à être prises en charge par la collectivité dans le cadre de l’hôpital et du régime des affections de longue durée.

Ce que nous venons de décrire est le modèle américain. Les technocrates français, à l’anti-américanisme forcené, aiment à rappeler que dans ce pays de sauvages, 40 millions d’individus n’ont aucune couverture sociale. Ils omettent de préciser que dans la plupart des cas, c’est tout simplement parce qu’ils ont le choix. Ces 40 millions, qui représentent curieusement la même proportion de 15 % de la population que ceux qui ne consomment rien, ne sont en effet pas des nécessiteux, lesquels sont pris en charge par l’équivalent de notre CMU. Ce sont généralement des jeunes actifs en bonne santé qui refusent de contribuer, au travers de contrats d’assurance, au financement des dépenses de leurs congénères moins chanceux.

En France, il se passera la même chose à terme si l’on continue dans la voie actuellement suivie. Les meilleurs risques mettront en œuvre des mécanismes d’auto-assurance, ce qui provoquera une explosion des tarifs des couvertures complémentaires et une difficulté croissante de s’assurer pour certaines dépenses. Il est peu probable qu’une telle régression puisse être acceptée.